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  • Séance de clôture : Hippocrate

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    Thomas Lilti est cinéaste… et médecin, quoi de plus naturel donc, que de réaliser un film sur la vie d’un service hospitalier, véritable monde en soi ? C’est chose faite avec Hippocrate, second long métrage du réalisateur, présenté en séance de clôture de la Semaine de la Critique. Les programmateurs ont envoyé un signal fort, revendiquant leur soutien à un cinéma français populaire de qualité tout en l’associant à des films d’auteurs plus confidentiels, preuve d’une cohabitation possible et surtout souhaitable.

    Après Les yeux bandés, premier essai demeuré très confidentiel, Thomas Lilti a mis plusieurs années, presqu’autant que des études de médecine, pour passer à nouveau à la réalisation. Entre-temps, il a poursuivi sa carrière de médecin généraliste et écrit les scénarios de Télé gaucho de Michel Leclerc ou encore du très plaisant Mariage à Mendoza d’Edouard Deluc. Il revient avec Hippocrate, un récit qu’il reconnaît comme autobiographique. Benjamin Barois, un jeune interne ayant plus la tête à lever le coude avec ses condisciples qu’à se consacrer aux patients, effectue son premier stage dans le service dirigé par son père (Jacques Gamblin). Il y fait la connaissance d’Abdel, un interne algérien bien plus expérimenté que lui. Prenant progressivement conscience des responsabilités qui lui incombent, Benjamin repense sa fonction et sa vocation.

    Disons-le tout de go, Hippocrate est une jolie réussite, qui obtiendra, on l’espère le succès qu’il mérite. Il suffit de faire la liste des documentaires et des séries télé consacrées au milieu hospitalier pour s’apercevoir que le sujet fascine. Sa puissance d’attraction contamine même les personnages du film, de Guy, l’infirmier campé par le désopilant Philippe Rebbot, en passant par les patients et la mère de Benjamin, tous obnubilés par Dr House. De même que Benjamin fendant l’air d’un coup de poing ferme à son arrivée dans le service, imite le Dr Benton dans le générique d’Urgences. Pieds de nez apparemment anodins, ces références traduisent en fait l’omniprésence des fantasmes qui entourent les représentations de ce milieu. Grâce à ces clins d’œil, Thomas Lilti situe aussi son discours, entre réalisme et romanesque, cette seconde dimension lui permettant, en outre, de dépasser la simple chronique d’un hôpital malade.

    En représentant les débats qui agitent l’hôpital public aujourd’hui en France, du sous-équipement des établissements en passant par les conditions de travail des médecins étrangers, le réalisateur pose aussi la question du traitement des questions de société dans un film de fiction, et si la façon de les évoquer est parfois un peu maladroite, on pense au grand face à face entre le directeur de l’hôpital et l’ensemble du personnel du service, il reste que l’ambition est louable et finaude. C’est surtout en s’orientant vers le romanesque que Thomas Lilti tire son épingle du jeu, s’attache à dresser avec beaucoup de précision les portraits de Benjamin l’inconséquent et Abdel l’intransigeant. Il scrute leurs plus infimes mutations et fait de leurs trajectoires respectives le véritable sujet de son film sans avoir besoin de s’aventurer hors de ce petit monde. Nulle trace d’épouse, de copine, de famille… D’imposant décorum l’hôpital se fait la toile de fond tant que l’horizon quotidien de ces femmes et de ces hommes que l’on ne verra jamais quitter leur scène.

    Hippocrate, Thomas Lilti, 1h42, avec Vincent Lacoste, Reda Kateb, Jacques Gamblin, sortie le 10 septembre.

  • Hope, l'espoir fait survivre

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    Jusqu’alors, Boris Lojkine avait réalisé des films documentaires comme Les âmes errantes en 2005, qui suivait des hommes à la recherche des corps de leurs camarades tombés sur le champ de bataille pendant la guerre du Vietnam. Une veuve éplorée se joignait à eux dans cette quête éperdue, espérant que l’âme de son mari puisse enfin trouver la paix. Cette année Boris Lojkine était sélectionné à la Semaine de la Critique pour son premier long métrage de fiction, Hope. Le film qui retrace les pérégrinations de Hope et Léonard, une Nigériane et un Camerounais réunis par les hasards de la survie et rêvent de gagner l’Europe, est reparti vainqueur du Prix SACD. Rebecca Zlotowski, présidente du jury du Prix Révélation France 4 a quant à elle distingué le film d’une mention spéciale, rappelant que le cinéma avait notamment vocation à nous élever et nous éveiller aux difficultés de notre monde.

    La frontière entre fiction et documentaire est parfois floue, parfois inopportune. Dans le cas de Hope, le recours à la fiction relève d’un choix au moins doublement justifié par Boris Lojkine qui d’une part souhaitait que son récit se pare d’une vraie dimension romanesque, et qui d’autre part voulait porter un regard neuf sur les territoires et les personnes qu’il filme, souvent captés par le prisme du documentaire. En conférant une dimension fictive au récit, il met en lumière la force épique des destinées de ses personnages prêts à tout pour s’en sortir et peut laisser place à l’épopée de deux compagnons d’infortune apprenant à s’aimer, qui bravent les épreuves les unes après les autres. C’est ainsi qu’ils échapperont tantôt aux chefs de ghettos qui gèrent de petites communautés - plutôt malveillantes - recréées pour les nouveaux arrivants au Maroc, tantôt aux patrouilles de police ou encore aux passeurs peu scrupuleux. Hope et Léonard se font les héros de leur propre légende, tout à la fois terrifiante et prometteuse, qu’ils alimentent et renforcent grâce aux récits mythologiques contés au coin du feu par ceux qui ont atteint Gibraltar, ou par la description qu’un passeur leur fait de l’Europe, territoire où même les brebis boivent du Coca.

    Boris Lojkine demeure très attaché à la valeur testimoniale de son cinéma et rappelle qu’à la naissance du projet était la nécessité qu’il ressentait à montrer cette « migration des bas fonds » telle qu’il la définit lui-même. L’attachement au réalisme passait sans doute aussi par le choix de comédiens non professionnels dont l’incroyable puissance est à souligner. Au-delà d’un simple choix cinématographique, le recours au romanesque apparaît comme l’ultime possibilité tant pour le cinéaste que pour ses personnages de réactiver un espoir sans cesse mis à l’épreuve.

    Hope, de Boris Lojkine, 1h31, avec Justin Wang, Endurance Newton, sortie 28 janvier 2015

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