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  • J-365

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    La soixante-septième édition du Festival de Cannes touchait à sa fin il y a une heure à peine. Le jury présidé par Jane Campion a remis la Palme d'Or à Nuri Bilge Ceylan pour son sublime Winter sleep, un conte moral sous les neiges anatoliennes. Le jeune Xavier Dolan, lauréat ex-aequo du prix du jury avec Jean-Luc Godard a caché non sans peine sa déception, lui qui semblait s'attendre à la récompense ultime. Julianne Moore est primée pour sa performance d'actrice égocentrique et névrosée dans Maps to the Stars (David Cronenberg) et Timothy Spall pour son rôle dans Mr Turner de Mike Leigh. Andreï Zviagnitsev a quant à lui remporté le Prix du scénario, pour Léviathan dont les scènes de pique-niques plus qu'alcoolisées valent le détour à elles seules. Le Grand revenu à Alice Rohrwacher pour Les Merveilles que je découvrirai demain. Car en effet, les deux derniers jours à Cannes font office de session de rattrapage, l'occasion aussi de voir Steve Carrell avec un nez en plastique dans Foxcatcher dont le réalisateur Bennett Miller a obtenu le Prix de la mise en scène. En tant que jurée à la Semaine de la Critique qui promeut les premiers longs métrages, je me dois de ne pas oublier la Caméra d'Or, qui récompense un premier film, toutes compétitions confondues. Cette année c'est Party girl qui a remporté le prestigieux trophée, présentée à Un certain regard. Faisons aussi un bref tour par la Quinzaine des réalisateurs qui a consacré Les Combattants de Thomas Cailley, lauréat des trois prix de la sélection. La totalité du palmarès est ici.

    Cannes 2014 restera une édition hors du commun puisque j'ai eu la chance d'y être membre d'un jury et de vivre une expérience fantastique, entourée de gens passionnés par le cinéma et avides de le partager. Et pour ne rien gâcher, cette quinzaine sur la Croisette a été l'occasion de découvrir des films magnifiques, Winter Sleep, The tribe, Jauja, It follows et National Gallery en tête. Autant de films qui affirment avec beaucoup de force une vision du monde et une conception du cinéma brillante et singulière. Nombreux sont ceux que je n'ai pas encore vus et que j'aurai un immense plaisir à découvrir dans les semaines et mois à venir. Bien qu'elle se fasse de plus en plus sentir, la fatigue n'aura pas entamé mon enthousiasme et mon plaisir à voir tous ces films et les mondes qu'ils décrivent, de Tombouctou aux rives de la mer de Barents, d'une mère célibataire à un gourou pour starlettes nombrilistes. Cette année marque aussi la fin des fonctions de président du Festival de Gilles Jacob, dont le travail et l'exigence ont fait de cet événement le plus important au monde pour le milieu du cinéma.

    Maintenant il me reste à compter les jours qui nous séparent de la 68ème édition !

  • Tribulations

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    Hier, lors de la cérémonie de clôture de la Semaine de la Critique, trois jurys ont consacré le premier long métrage de Myroslav Slaboshpytskiy, The Tribe. Il sera distribué en France par UFO distribution et devrait sortir à l'automne.

    La séance de 11h30 mercredi 21 mai aura été mouvementée entre les grincements de fauteuils et les claquements de portes ; ces manifestations préfiguraient les critiques à venir quant à la décision des différents jurys de la Semaine de la Critique de primer le film. Elles n'ont en effet pas tarder à se faire entendre. J'ignore si un jury doit justifier son choix pour la simple et bonne raison que sa décision est sans appel. Il me semble toutefois nécessaire d'expliquer à titre personnel les raisons pour lesquelles j'ai aimé ce film et ai estimé que je devais le défendre.

    Je suis tout d'abord assez surprise d'entendre ici et là des gens dire qu'ils ont un sentiment de déjà vu. A quoi The tribe pourrait-il être comparé ? Quatre mois trois semaines et deux jours au prétexte que le réalisateur de The tribe met en scène un avortement ? Pourrait-il être comparé à n'importe quel film d'Europe de l'est parce qu'il s'agit d'un film ukrainien et qu'il évoque les questions de prostitution et d'immigration ? D'ailleurs je ne sais pas si l'on peut dire véritablement que le film évoque ces questions. Il décrit plutôt un état de faits ; que l'on trouve cet état de fait misérable est une chose, que l'on accuse le réalisateur de l'exploiter pour en faire un film misérabiliste en est une autre, mais je doute sincèrement que cela soit le but. Quant à dire que les prix ont été remis à ce film parce qu'il est interprété par des sourds muets, l'argument est si faible qu'il ne mérite pas que l'on s'y attarde. Le film décrit le quotidien d'une meute de jeunes sourds-muets placés dans une institution spécialisée. Le sujet, tel que Myroslav Slaboshpytskiy induit un dispositif et une mise en scène organisé autour de la particularité de cette communauté. C'est précisément pour cette raison que The tribe n'est pas un film sur les sourds, c'est un film de sourds, l'absence de sous-titres et de voix-off en sont les preuves les plus évidentes et évacuent immédiatement la question du handicap ou de la difficulté à communiquer avec le monde extérieur puisque de monde extérieur il n'y en a pas.

    Myroslav Slaboshpytskiy renoue avec les origines du cinéma et l'idée simple que le geste explique. Comment faire comprendre son récit sans son, c'est la question du cinéma muet lui-même et celle de ces adolescents. Mais à la différence du cinéma muet du siècle passé, le réalisateur abandonne le gros plan et lève (mais nombreux sont ceux qui semblent en douter) tout soupçon de sensationnalisme ce qui à mon sens traduit l'honnêteté de son dessein. Dans le même geste, il esquisse une réflexion passionnante sur le dialogue au cinéma, ce moment d'interaction entre les personnages qui préfigure l'action et dont, en l'espèce, le spectateur est privé. Certes les enjeux se comprennent assez aisément (d'aucuns diront que le caractère prévisible du récit nous permet de comprendre ce qui se joue) reste qu'il est fascinant de voir des individus communiquer sans que nous les comprenions et de saisir soudain, en les regardant agir, l'enjeu d'un discours.

    Bien d'autres points mériteraient d'être questionnés et je m'y consacrerai bientôt. Mais il est temps de courir au Palais des Festivals pour voir le dernier film en compétition, Léviathan, d'Andreï Zviaguintsev.

     

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